LE LOGEMENT DÉCENT, NOTRE REMÈDE SANTÉ

Si l’on recherche un scénario qui mettrait toute l’humanité en danger, les experts affirment qu’une pandémie a plus de chance d’y parvenir qu’une attaque nucléaire ou qu’un astéroïde menaçant la planète Terre. Quoi qu’il en soit, quels qu’aient été les efforts déployés par les gouvernements pour limiter l’impact du covid-19, il est clair que le monde n’était pas préparé à cette pandémie.

Nous vivons actuellement une époque d’incertitude, d’isolement, d’introspection, d’inquiétude, d’effondrement économique… Mais noustraversons aussi, il faut le reconnaître, une période qui devrait nous amener à réévaluer les modes de vie et les valeurs de notre société.

Cette réalité nous donne l’occasion de porter une attention particulière aux droits de l’Homme, en tant que principes fondamentaux, et de les ré envisager comme des concepts à standardiser pour sculpter une société qui est aujourd’hui encore trop faible et vulnérable.

Le droit au logement – et nous devrions même dire à un logement « productif » – apparaît alors comme une base solide sur lequel l’ensemble des droits de l’homme peut s’appuyer pour perdurer à travers le temps, et ce dans un contexte de vie urbaine ou rurale.

Quel est l’intérêt de disposer d’un équipement médical moderne et d’un personnel médical formé dans les hôpitaux, si les citoyens sont contaminés dans des logements insalubres ? Quel est l’intérêt de rentrer à la maison après l’école et de ne pas pouvoir étudier parce qu’il n’y a pas d’électricité, ou un endroit pour s’isoler et se concentrer ? Pouvons-nous considérer comme pertinents les ateliers de sensibilisation au respect des droits des enfants et des femmes, en sachant que les violations interfamiliales ont souvent lieu dans un lit partagé par tous les membres de la famille ? Comment pouvons-
nous garantir l’intégration économique et sociale des populations déplacées, ou des anciens combattants, s’ils sont parqués dans des camps délabrés et isolés des services de base ?

Le fait que nos maisons et nos quartiers soient les endroits les plus dangereux où vivre ne constitue-t-il pas un énorme signal d’alarme ?

En pleine crise sanitaire, comment pouvons-nous être en sécurité si nous sommes sans abri ou mal logés ?

Il semble temps de mettre en avant de nouveaux modèles de développement, tels que les “villes vertes” et les “villes saines”. Nous devons renforcer notre engagement en faveur de la santé des citoyens du monde, en comprenant que le logement décent est étroitement lié aux priorités mondiales, de la sécurité alimentaire à la santé mentale.

En 1969, la Déclaration universelle des droits de l’homme a reconnu le droit au logement comme un droit universel. Cependant, le nombre de sans-abri, de logements inadéquats et d’expulsions est en augmentation dans toutes les villes et les zones rurales du monde. ONU-Habitat estimait avant la pandémie, que d’ici 2050, 3 milliards de personnes vivraient dans des
bidonvilles à proximité de villes comme São Paulo, Caracas, Bogota et Mumbai.

Le côté dramatique de cette super-urbanisation est qu’elle se produit dans les métropoles des pays en développement dont l’économie est instable et dépend de la production primaire et de l’exploitation étrangère. S’ajoutant à cela une forte pollution environnementale, ces villes sont vulnérables aux événements naturels et humains et sont dotées d’une faible capacité de résilience.

Un logement décent dans des quartiers sains ne devrait-il pas être une réponse prioritaire dans une logique de promotion du développement durable ?

Selon le nouvel agenda urbain mondial 2016, la pauvreté, les inégalités et la dégradation de l’environnement sont considérées comme des obstacles fondamentaux qui déterminent les processus de développement urbain. Le logement décent mérite une attention particulière, tant dansles quartiers informels que dans les nouveaux quartiers planifiés. L’amélioration des conditions de logement dans les petites villes et les zones rurales est essentielle pour construire une société plus équitable.

Il est urgent de promouvoir des projets durables qui permettent de combiner les programmes de logement des gouvernements nationaux et locaux avec les objectifs de développement durable de l’agenda 2030, en particulier l’objectif 11 – Villes et communautés durables. Ceci afin que les projets de logement répondent non seulement au droit au logement mais aussi qu’ils contribuent de manière globale et systémique à la protection de la santé de nos villes et territoires.

Aujourd’hui, on compte plus de 50 millions de personnes en déplacement forcé à l’intérieur même de leur pays et plus de 25 millions de réfugiés dans le monde, en plus du milliard de personnes qui vivent dans des taudis urbains. Dans les décennies à venir, ces chiffres pourraient augmenter de façon spectaculaire en raison du changement climatique, de la violence et des préoccupations humanitaires. Néanmoins, la pandémie actuelle et l’urbanisation rapide due à la transformation sociale déclenchent ce processus qui pourrait entraîner le déplacement d’environ 3 milliards de personnes vers les centres urbains au cours destrois prochaines décennies,souvent dans deslogements informels. Ce mouvement affectera grandement le territoire et posera d’énormes défis, notamment en ce qui concerne la fourniture de logements décents aux personnes en situation de vulnérabilité. C’est pour toutes ces raisons que le logement décent ne doit pas être considéré en tant que problème quantitatif, mais bien comme un moyen de garantir les droits fondamentaux de ces nouveaux citoyens sur les territoires et leur intégration effective dans les communautés d’accueil, tant dans les contextes ruraux que urbains.

Le logement décent est la seule voie d’inclusion sociale. C’est également une source d’emploi et un élément clé dans le développement des citoyens.

La crise sanitaire que nous connaissons met en évidence les faiblesses de nos systèmes économiques et sociaux. Au cours des dernières décennies, le logement décent n’a pas été considéré comme une priorité dans les projets de développement, car il était considéré comme un bien de luxe, spéculatif et négociable.

Aujourd’hui, nos maisons ont été transformées en ville. On y réalise toute notre vie : vivre, travailler et étudier. Dans une grande partie de notre société, ces « maisons ville » ne sont pas aptes à offrir des conditions décentes pour cette nouvelle vie.

D’un côté, nous avons les sans-abris, qui sont aujourd’hui directement exposés à des virus mortels, et qui sont confrontés à l’impossibilité d’un isolement approprié. D’autre part, nous avons une population mal logée, vivant entre de faux remparts, dans des environnements surpeuplés. Il y a aussi les camps de réfugiés et leurs milliers de personnes qui ne peuvent pas rentrer chez elles car leurs maisons ont été pillées ou bombardées. De l’autre côté, nous avons des personnes bien logées qui ont la chance de pouvoir s’isoler pendant la durée de cette urgence sanitaire. Mais regardons les choses en face : la majorité de la population mondiale se situe dans les trois premières catégories, ce qui signifie que la propagation du virus ne sera pas arrêtée par une quarantaine. Nous serons tous victimes, directement ou indirectement, de la pénurie de logements dans le monde.

Le Covid-19, qui nous a tous touché de manière plus ou moins égale – selon notre capacité à nous confiner sous un toit de qualité – nous interpelle maintenantsur la manière dont nous devons agir. Chez Association Hurbanity et dans les autres organisations signataires, nous nous demandons si cette crise sanitaire fera en sorte que le monde de la coopération au développement s’engage plus fortement en faveur du logement décent.

La coopération au développement, contrairement aux secteurs de l’aide humanitaire et de l’aide d’urgence, a une vision à long terme. Elle vise à avoir un impact global au niveau local. Par conséquent, nous devrions pouvoir justifier la mise à disposition de budget pour soutenir des projets de logement décent.

Aujourd’hui, alors que nous avons tous été touchés par cette crise sanitaire, n’est-il pas temps que les agences de développement et les gouvernementslocaux reconnaissent le rôle du logement décent dans la préservation des populations ?

Association Hurbanity
Avec la co-signature de Fight for Humanity et IPA Switxboard